B. Beauverger: Salut Patrick, qui es tu ?
P. Poggi :Ciao, je m'appelle Patrick Poggi.
Je suis un corse de 28 ans (dans quelques jours) né à Ajaccio le 27/11/1979.
Mon club d'apnée et de chasse sous marine est le BELUGA CLUB AJACCIEN, j'habite à Ajaccio et je suis commercial dans une société, je vends des camions, et oui... !
Je vis dans une ville et une île magnifique, où si on est amoureux de la nature on peut vraiment faire beaucoup de choses, mer, montagne y a tout c'est un rêve.
Je fais de l'apnée sérieusement depuis maintenant 3 ans.
Petite anecdote: dès mon retour à Ajaccio le dimanche matin, alors que j'ai passé la nuit dans l'avion depuis l'Egypte, les côtes corses se dessinent, la côte est de plus en plus nette et la vision est magique.
Une mer d'huile, un soleil éclatant et des eaux cristallines variant du bleu foncé au turquoise, des bancs de sable, alors j'ai préparé mon sac, pris mon fusil et je suis allé chasser quelques poissons pour le repas du soir.
BB: Comment as-tu approché le monde de l'apnée ?
P.P: Un peu par hasard, enfin presque !!!
Après une expérience footballistique ratée et très déçu de ce monde « pourri », j'ai tourné le dos à tout ce qui touche au ballon. Sportif de nature, il fallait que je fasse quelque chose et comme mon père pratique la chasse sous marine et que, petit, il m'amenait avec lui, j'ai revêtu mon ancien équipement pour découvrir cet univers.
Je me suis donc rendu au magasin spécialiste de tout ce qui touche à la mer, c'est aussi le magasin qui m'aide maintenant, HOMOPALMUS/CORSICA SUB (un peu de pub).
Là, je rencontre un jeune de mon âge YANN NEVEU qui travaillait dans ce magasin et avec qui j'ai accroché et nous voila partis pour pécher mes premiers poissons ; un trio d'amis se forme avec CEDRIC CAMUGLIO. Eux faisaient déjà partis d'un club d'apnée le BELUGA dont le président est REMY ORGNON, je suis alors devenu licencié pour tous les avantages que l'on sait à pratiquer ce sport avec des personnes compétentes, et voila !!! C'est parti....cela fait un peu plus de 3 ans que je me mouille en toute sécurité et entouré d'une très bonne équipe d'amis.
BB: Quels intérêts trouves tu à plonger en apnée ?
P.P: L'intérêt d'une plongée en apnée c'est les pures sensations qu'on peut ressentir.
Le poids constant, c'est le vide de la chute libre, une angoisse toujours présente de voir cette immensité, cette monstrueuse énergie qui nous rend si petit, aller découvrir (non pas de voir quelque chose d'étonnant, pas de surprise au bout c'est un plomb !!!!!) Mais de découvrir à chaque fois son corps, de ressentir la pression nous compresser et nous libérer à la remontée. Un crochet dans le temps qui s'arrête quelques minutes, faire le vide, oublier tous ce qu'on a fait pour ne penser qu'à l'instant présent, plus de soucis, plus de problèmes, que du plaisir et juste du plaisir, se laisser couler, glisser, ne pas résister, se relâcher complètement, un virage au bout et c'est la remontée, toujours penser positif pour revenir à la réalité, quelques bouffées d'oxygène et c'est la joie de se sentir vraiment vivant. « C'était génial », puis la première question qui vient, « c'est quand la prochaine fois ? ».
BB: Tu reviens tout juste du championnat du monde individuel AIDA qui s'est déroulé du 23 octobre au 3 novembre dernier. Comment et pourquoi en es tu arrivé là ?
P.P: Comment ?
A mes débuts, lors de mes premières compet' en poids constant, j'annonçais – 35 m; il y a 2 ans - 45 m; et cette année à Marseille -55 m, soit 10 mètres tous les ans (bon un peu plus cette année, ok. Mais c'est dans des conditions exceptionnelles que j'ai fait -66 m en Egypte).
Avec cette profondeur, je faisais partie des meilleurs Français, enfin, pour cette année bien sûr. Le problème, c'est qu'en 2007, les compet' en poids constant ont été plutôt rares. Des sélections ont eu lieu à Nice, sélections auxquelles je n'ai pu participer puisque prévenu trop tard (c'est une autre histoire). Lors de ce rassemblement, Sydney Régis, un Martiniquais, a réalisé une profondeur de -68 m, il était donc logiquement classé devant moi pour ce mondial. Après un désistement de sa part, et tout à fait par hasard j'apprends, lors d'une partie de chasse avec CYRIL PAULET, venu en Corse passer quelques jours avec sa famille, que Sydney ne peut y participer, et que le suivant sur la liste c'est « moi » !!! Non !!!! Alors après ces petites péripéties, je commence immédiatement l'entraînement.
Pourquoi ?
Je suis un compétiteur, et la plus belle récompense, c'est un mondial. Satisfaction personnelle d'arriver à atteindre un objectif qui n'était pas prévu en début de saison mais bon.
Et satisfaction de procurer de la joie et de la fierté chez tous mes proches. Chaque année avec le BELUGA, nous organisons des voyages pour participer aux différentes compétitions qui se déroulent en France. (Quand on vient de Corse ça coûte cher) mais avec une bonne dynamique, on peut participer jusqu'à 4 compet' dans l'année. La motivation est toujours au rendez- vous, et on se déplace toujours en nombre: à Marseille nous étions 9 cette année, donc plus y a de fous plus on rit et c'est vraiment pour ça que nous partons, pour l'ambiance, pour passer un week-end agréable, pour s'amuser. Au fil des compet', mon niveau augmente à Marseille, avec REMY nous avons même terminé 3eme. S'amuser c'est sûr, mais qui dit compet' dit aussi bien figurer au classement et ce pour concrétiser tout le travail que l'on fait les soirs d'entraînement à la piscine municipale, où on enchaîne les longueurs jusqu'à des heures tardives.
BB: Un mot sur l'organisation de l'équipe de France AIDA et sur le championnat en lui-même.
P.P: Désolé, je n'ai pas assez d'expérience pour répondre à cette question.
Concernant l'organisation du championnat du monde, il a été organisé par des pros, rien n'a été laissé au hasard. Les organisateurs sont restés dispo à tout moment, c'est quand même APNEA ACADEMY, ce n'est pas rien. L'endroit est idéal pour ce genre d'activité : une température de l'air entre 30 et 35°C, une eau à 27°C même en bas, thermocline quasi inexistante, et pas besoin de bateau pour trouver du fond, puisque nous nous rendions sur les plateformes officielles en 5min à la nage. INCROYABLE !!!
BB: Quel était ton état d'esprit en venant au championnat du monde d'apnée ?
P.P: En venant au championnat du monde d'apnée, je me sentais en confiance puisque j'étais en pleine forme, bien décidé à faire du mieux que je pouvais, tout en restant humble. Beaucoup de monde me soutenaient, alors je leur devais de revenir avec le précieux trophée « la plaquette ».
BB: Quels enseignements tires tu de cette aventure ?
P.P: J'ai été pour apprendre, bien sur, concrétiser une performance avant tout, mais j'ai surtout pu approcher les meilleurs mondiaux, parler de leurs méthodes d'entraînement, de leurs approches, de comment ils faisaient pour dépasser les limites physiques. J'avais, en arrivant et comme la plupart des gens, une idée de ce que pouvait être l'apnée par les reportages télé qui sont quand même assez rares sur le sujet, par la presse, par certains magasines mais tout ça c'est de la théorie, tant qu'on n'a pas touché du doigt, on ne peut qu'imaginer.
Les perfs que j'ai pu réaliser ont été modestes, et toujours en total maîtrise (à part une fois, mais je me suis bien fait remettre dans le droit chemin par mon coach REMY).
J'ai atteint -66 m lors d'un entraînement, une profondeur que j'ai facilement réalisé. Mais ce n'est pas un hasard, grâce aux conseils de personnes beaucoup plus expérimentées (François Gautier, Guillaume Nery, William Winram...), j'ai modifié certains détails qui font toute la différence à ces profondeurs.
L'esprit d'équipe est pour moi très important, oui c'est un sport individuel mais pourquoi se passer de conseils, de dialogue avec les autres membres, je pense que c'est la force de l'équipe de France durant ce mondial: briefings, débriefings obligatoires et c'est logiquement que l'on progresse plus facilement, parler des sensations éprouvées, de comment c'est passé une descente et de ne pas rester dans son coin à croire que la meilleure façon de progresser se fait en autodidacte.
Les records sont toujours des moments incroyables à vivre. Comment ces hommes arrivent-ils à descendre aussi profond !!! Ce ne sont quand même pas des extra-terrestres comment font-ils, c'est fou de voir remonter un mec comme Nitsch, déjà de le voir descendre c'est surprenant (regardez un film sur lui vous n'allez pas le croire), mais à la remontée au bout de 4 min, il arrive à être parfaitement lucide et ses gestes sont parfaitement maîtrisés, c'est vraiment lui qui m'a le plus impressionné.
Par contre, je ne me suis jamais pris pour un NERY ou un COSTE, c'est un autre monde, ils ne sont pas venus du jour au lendemain à ces profondeurs et c'est une énorme connerie de vouloir faire pareil, je ne veux pas me mettre de barrière psychologique parce que je me suis pris pour quelqu'un d'autre, tout vient à point qui sait attendre. Patience !!!
Au fait, un dernier point: pas de sécurité, pas d'apnée, c'est vraiment la première chose à apprendre avant de faire de l'apnée ou de la chasse sous marine, surveiller son coéquipier.